TransLittératures, n° 20, hiver 2000.
Théorie et pratique de la traduction III – L’atelier du traducteur – Cahiers internationaux de symbolisme, n° 92-93-94 – Université de Mons-Hainaut, 1999.
Fondés à Genève en 1962 et publiés par l’université de Mons-Hainaut, en Belgique, les Cahiers internationaux de symbolisme consacrent, pour la troisième fois, une livraison à la traduction littéraire. On s’y trouve d’emblée en pays de connaissance. À ce dossier, « piloté » par Claire Lejeune et Françoise Wuilmart, et préfacé par Jacques De Decker, nombre de collègues ont apporté leur contribution. Une première lecture flâneuse se fait en leur compagnie, à leur rythme, en se laissant entraîner sur leur terrain de prédilection, que nous reconnaissons au passage : la traduction shakespearienne avec Jean-Michel Déprats, la retraduction du Quichotte avec Aline Schulman.
On pourrait, pour donner une idée de la diversité des approches et des sujets de réflexion, recopier le sommaire, qui regroupe plus d’une vingtaine d’essais très libres — par la longueur, le propos, le ton, la langue abordée, le champ d’expérience et d’étude. La poésie (avec Jacques Ancet, Philippe Jones, Fernand Verhesen, Marcel Voisin), le théâtre (avec Alain Van Crugten, Alain Piette, René-Jean Poupart) sont bien représentés, mais aussi la littérature pour la jeunesse (avec François Mathieu) et l’audiovisuel (avec Rémy Lambrechts dans un article malicieusement intitulé « Sous l’invocation de Saint Chrone »). Un bel hommage est rendu par Albert Bensoussan à Laure Bataillon.
C’est d’ailleurs un trait, et sans doute un objectif, de ce numéro, rendre très présents, non seulement les problèmes de traduction, mais aussi les traducteurs, leurs affects (enthousiasme, effroi, on lit les mots « vertige », « peur », « trou noir»), leur éthique (« une ascèse exigeante », dit l’un d’eux), ou même leur «structure de personnalité » : dans un article intitulé « Inconscient et traduction », Thilde Barboni va jusqu’à évoquer la « dépression post-traduction», et les différences subtiles entre « mélancolie positive » et « mélancolie négative », tandis que Pierre Deshusses accepte la perte et même la revendique et que Bernard Simeone associe la pratique de la traduction à la musique. Certains optent plutôt pour la théorie (Georges Perilleux et Hedwig Reuter), d’autres prennent plus modestement la formule de l’atelier (William Desmond, Rose-Marie François), voire de l’ouvroir (Bernard Hoepffner). On n’oubliera pas la double formule d’Henri Meschonnic : « 1. La théorie, c’est la pratique. 2. La pratique, c’est la théorie. »
Quand on laisse — comme c’est le cas ici — la parole aux traducteurs, ils s’en donnent à cœur joie. Ils évoquent leur métier sous la forme d’un florilège de métaphores. Ils sont tour à tour passagers, aventuriers, extracteurs de pépites, sourciers, équilibristes et même « bartlebauteurs », selon le néologisme créé par Bernard Hoepffner en hommage à Bartleby le copiste. La tour de Babel est convoquée par Marc de Launay. Quant à Patrick Quillier, c’est peut-être lui qui saisit le mieux la qualité quasi spirituelle de l’opération traductrice, lorsqu’il parle de « voix sacrée », de dimension ésotérique, de labyrinthe de la traduction, « parcours initiatique sans révélation, mais riche en émotions suspendues ».

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