Histoires d’elles, novembre 1979.
Au théâtre d’Orsay Simone Benmussa présente une pièce Apparences dont elle a fait la mise en scène et le décor et qu’elle a écrite à partir d’une nouvelle de Henry James, « Vie privée ». Un écrivain n’est-il pas toujours double, en quelque sorte, car absent, déléguant un autre lui-même pour les échanges affectifs ou mondains, réservant le meilleur, le plus secret de lui-même pour son œuvre, dans la solitude ? Un mondain en revanche n’est-il pas la présence même, ordonnant le cérémonial de la mondanité, polissant les échanges, faisant régner le raffinement et la délicatesse ? Ne se réduit-il pas à ce rôle, et n’est-il pas amené, dans les intervalles où ce rôle cesse, à disparaître, à se volatiliser pour de bon ? James part de ces hypothèses pour les traiter comme une fable où ces caractéristiques sembleraient prendre corps littéralement, menant ses lecteurs au bord du fantastique. Simone Benmussa à son tour promène sur scène, dans cet hôtel suisse donnant sur les Alpes, au début du siècle, ces corps étranges qui sont peut-être des fantômes. Et tout naturellement s’articule sur cette fable, sur cette enquête menée par le personnage James lui-même, une réflexion sur le théâtre, sur ce que serait l’absolu de la représentation et le risque mortel qu’elle ferait courir à qui se laisserait aller à cette inquiétante fascination. Une actrice, jouée per Susanna York, est à la recherche du rôle qu’elle a attendu toute sa vie et que l’écrivain — le vrai, celui qu’on ne voit jamais — va peut-être écrire pour elle. Mais n’est-ce pas le chemin qui la mènera vers Lord Mellifont, vers Ia perte de la vie privée, vers la mort ?

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