Une tragédie florentine

Oscar Wilde, La Pléiade, Gallimard, 1996

Le 25 septembre 1896, de la prison de Reading, Wilde écrivait à son ami More Adey : « J’ai tenté de me remémorer la Tragédie florentine pour l’écrire ; mais je ne m’en rappelle que des bribes et constate que je ne puis inventer. Le silence, la solitude totale, l’isolement de toute influence humaine et humanisante tuent les facultés du cerveau : celui-ci perd la vie, se laisse enchaîner à la monotonie de la souffrance. » Le 2 juin 1897, de l’Hôtel de la plage, à Berneval-sur-Mer, il écrivait à Robert Ross : « J’ai décidé de finir la Tragédie florentine et d’en vendre les droits 500 livres sterling, mais à qui ? À l’Amérique peut-être. » De Naples, un peu plus tard, il écrit encore : « Demain je commence la Tragédie florentine. » Mais la pièce ne fut jamais terminée.

Tout indique donc que le projet était antérieur au séjour de Wilde en prison. Il faisait souvent, lui qui était un grand conteur, le récit de sa « tragédie » à ses amis. C’est l’histoire d’un drapier (de Florence) et de sa femme, jeune et jolie, qui attire l’attention du prince et qui se laisse courtiser par lui. Quand le drapier surprendra le « manège », il provoquera son rival en duel, et, contre toute attente, c’est lui qui tuera le prince. Sa femme, émerveillée d’une telle bravoure, lui tombe dans les bras. Voilà bien un retournement de situation propre à stimuler l’imagination de Wilde, et un paradoxe comme il les aime : c’est le manant qui pourfend le seigneur, le bat sur son propre terrain. On ne peut pas dire qu’il s’agisse à proprement parler d’une tragédie, car tout est bien qui finit bien, et la pièce se termine sur un baiser. Une tragédie florentine fut publiée pour la première fois dans le volume VI des Œuvres complètes, en 1908, entre Salomé et Véra, augmentée d’une scène d’exposition écrite par Thomas Sturge Moore, écrivain irlandais. Sous cette forme, elle fut jouée à Londres en 1907 par les New English Players, au Cripplegate Institute.


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