Cahiers Renaud Barrault, n° 105, janvier 1983
Herbert Blau – Take Up the Bodies – Theater at the Vanishing Point
Urbana University of Illinois Press, 1982
Herbert Blau est un homme de théâtre qui a consacré sa vie à la pratique du théâtre et à une réflexion théorique sur le théâtre. Il a dirigé avec Jules Irving l’Actors Workshop de San Francisco, puis le Vivian Beaumont Theatre du Lincoln Center à New York. En 1971 il a dirigé le groupe expérimental Kraken, c’est de cette expérience qu’est né Take Up the Bodies. Le titre, on l’aura reconnu, est une citation de la scène finale de Hamlet. Ce livre, comme le dit l’auteur lui-même, est une méditation : personnelle, passionnée, exigeante et libre. Blau remet en cause la notion de présence au théâtre, et s’intéresse davantage à la dynamique de la disparition qui lui paraît constituer l’essence même du phénomène théâtral. D’où les titres de certains chapitres : « Missing Persons », « Ghostings ». Une citation extraite de la dernière page donnera le cœur de cette réflexion : « Wat is the theather but the body’s long initiation in the mystery of its vanishings. » Elle donnera aussi une idée du styie de Blau, lyrique, dense, inspiré pourrait-on dire, comme on a pu le dire d’Artaud.
Sans faire de psychanalyse sauvage, Blau a lu Freud, on lit dans son livre que La Tempête de Shakespeare serait une première ébauche de Malaise dans la civilisation, et son dernier chapitre s’intitule « The Future of an Illusion ». Mais il a lu Marx aussi, il a travaillé Brecht, son sens du théâtre est politique, sans dogmatisme. Il a lu Derrida. Il a lu saint Augustin. Mais ce livre difficile n’est pas un livre savant, c’est un livre qui éclate plutôt, qui déborde — de choses à dire impérativement. Les trois grands axes de réflexion sont : la Théorie, l’Histoire, les Origines. Mais tout ce qui constitue ou vient brouiller les mécanismes de la représentation ou de la performance fascine également Blau : le regard profondeur et surface, jeux de miroir, le vrai et le faux, le rêve, la mémoire. Il faudrait ajouter : le mort et le vif, en finissant sur une citation qui renvoie au titre : « There is blood in dead bodies ».

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