14.05.21
M. a un talent très particulier. Avec un matériau dont il tient à garder le secret, qui ressemble à de la pâte à modeler, de coloris vaguement coloré, il fabrique des figurines, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, dont la ressemblance avec leurs modèles est presque inquiétante : spectrale. Il les compose en assemblées, des sortes de banquets, où ils semblent converser les uns avec les autres. Il a renoncé à les peindre, ou à les colorier, après des essais peu concluants : cela faisait fabriqué, folklorique. Il a aussi renoncé à les doter d’une paire de perles enfoncée dans la chair pour représenter les yeux : cela les immobilisait, attirait trop l’attention sur ce regard fixe.
On peut lui commander une figurine, qu’il fait payer fort cher, à partir d’une simple photographie, ou mieux, de la personne elle-même qu’on lui présente et qui pose pour lui. La chevelure est simplement suggérée, comme ce qui disparaît en premier, et qui est anecdotique, tributaire d’un coup de brosse, ou de fer à friser. Mais elle est présente, la figurine n’est pas chauve. La coiffure accentue l’effet de vivant.
Je n’ai pas dit s’il s’agissait de portraits en pied ? Non, plutôt de bustes, c’est le visage qui compte. Mais il n’est pas décapité, il est toute la personne. Comme un buste, il tient debout. De dos on le reconnaît, comme une vraie personne.
Tout cela étant récent, on ne sait pas comment cela vieillira. Si cela séchera, durcira, s’effritera. Prendra des rides, pourquoi pas… Portrait de Dorian Gray ? Non, plutôt Pompéi, ce qui reste quand tout a disparu.

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