Son CV pour cette journée en son hommage

En 1954-55, je pars un an aux Etats-Unis (université de Cornell) avec une bourse Fulbright.

En 1958, agrégation d’anglais et poste au lycée d’Alger Kouba (trois ans). Période fiévreuse avec le putsch, les barricades. Voyage en Kabylie avec Solange Josa, professeur de philosophie, qui milite pour l’indépendance et qui envoie ses témoignages au Monde (se fera arrêter par l’OAS). Jacques Derrida et Marguerite Derrida sont mes amis fidèles et secourables (Jacques fait son service militaire comme enseignant à l’Ecole des enfants de troupe à Koléa, entre Alger et Blida).

J’assiste à Paris (vacances de Pâques) au procès des membres du réseau Jeanson. Je fais la connaissance de Janine Cahen (accusée, enfermée à la prison de la Roquette, puis exilée en Italie) et de Gisèle Halimi (avocate à l’époque de Djamila Boupacha (livre co-écrit avec Simone de Beauvoir).

De retour à Paris, professeur à Mantes-la-Jolie, puis au lycée de Sèvres, je milite dans les Comités anti-fascistes, très actifs au moment de l’indépendance de l’Algérie. Marceline Loridan est parmi les plus actives. Elle épousera ensuite Joris Ivens.

Joris fera partie du groupe responsable du film collectif Loin du Vietnam (1967). Chris Marker m’envoie représenter ce film au Canada lors du festival international du film de Montréal. J’y rencontre la monteuse Jacqueline Meppiel, ainsi que Jean-Pierre Léaud, Agnès Varda, Marie-France Pisier. Jean Renoir (qui repart peu après) est l’idole de Jean-Pierre Léaud. En revanche celui-ci ne s’intéresse pas du tout à la présence de Fritz Lang, qui ne rassemblera qu’une dizaine de personnes pour sa conférence de presse.

En 1965 nommée à l’université de Nanterre. Arrive l’année d’après Hélène Cixous, qui aidera à fonder Vincennes (soit Paris-VIII, qui émigre à Saint-Denis, où elle sera Professeur).

Maître de conférences en 1988, élue Professeur titulaire en 1993. Professeur émérite en 2001. De 1995 à 2001, je suis membre du Conseil d’administration de Paris-X-Nanterre et, de 1998 à 2001, membre de la Commission disciplinaire de l’Université.

Deviennent mes amies Elisabeth de Fontenay, professeur de philosophie au lycée d’Amiens (avant d’être l’assistante de Jankélévitch à la Sorbonne) et Simone Benmussa qui dirige les Cahiers Renaud-Barrault chez Jean-Louis Barrault. J’y écris chaque fois qu’elle me le demande (une bonne quinzaine d’articles, en liaison avec les spectacles, sur des thèmes variés, par exemple : « La Verte forêt des métamorphoses » ou « Blanc gris noir gris blanc »).  Et quand elle devient metteur en scène, je suis de près son travail, j’assiste aux répétitions.

J’écris à ce moment-là Le Théâtre américain d’aujourd’hui (publié par les PUF en 1978).

Avec Claude Régy, Simone et moi travaillons (tous les samedis, chez Simone) à la traduction de Lear, d’Edward Bond. Régy a monté au TNP, de Bond, Sauvés et Demain la veille (« Early Morning« ), c’est là que je fais sa connaissance.

Mais c’est finalement Chéreau qui, en 1975, à Villeurbanne, montera la pièce (qui sera publiée chez Bourgois : « Le petit livre rouge », dira Chéreau, par dérision, ou par agacement de voir des spectateurs le brandir).

On fait, à l’époque, la « réclame » pour les spectacles en allant en grande banlieue, le soir, présenter la pièce jouée au TNP, dans les maisons de la culture. J’écris de mon côté pour les programmes des textes de présentation (embauchée par l’intermédiaire du CNRS).

Côté féminisme, je fréquente Françoise Pasquier (simple homonymie), qui dirige les Editions Deux Temps-Tierce, et qui a son bureau rue des Fossés Saint Jacques, lieu de rencontres privilégié. J’effectue pour elle divers travaux, et traduis Et au milieu coule une rivière (avant la sortie du film de Robert Redford) sous le titre La Rivière du sixième jour.

Je suis « Chief Editor » du livre collectif Stratégies des femmes, qu’avec l’aide du CRIF, Françoise Pasquier publie en 1984. L’ouvrage sera repris par la Indiana University Press sous le titre plus explicite Women in Culture and Politics: A Century of Change. Entre nous, nous appelons ce livre « Le Moulin », car il a été précédé de trois rencontres internationales, en Normandie, au Moulin d’Andé, puis, dans l’Etat de New York, à The Inn at Shaker Mill. Parmi les collaboratrices, Françoise Basch, Kate Stimpson, Judith Friedlander, Marcelle Marini, Geneviève Fraisse, Michelle Perrot, Christine Fauré, Françoise Ducrocq, Alice Kessler-Harris…

 A l’initiative de Leïla Sebbar (connue à Alger), je collabore, en 1976, au numéro des Temps Modernes intitulé « Petites filles en éducation ». Mon intervention s’intitule « Dix petites filles » (ce sont dix petites filles que j’ai interviewées pour l’occasion).  Ce thème sera repris en janvier-mars 2008, dans le numéro consacré à « La Transmission Beauvoir ». Mon article, publié grâce à Liliane Kandel, s’intitulera : De Simone à Théodora : attention, petites filles sages ». Je collabore à Sorcières, à Histoires d’Elles, à F Magazine, à Pénélope… Deux articles sur Gertrude Stein dans Les Temps modernes : l. Gertrude Stein, l’écriture et l’exil » (avril 1981). 2. »Gertrude Stein : écouter, parler, voir » (juin 1981).

C’est sur Gertrude Stein que je soutiens, le 14 février 1991, à Paris Sorbonne – Paris IV, ma thèse de doctorat d’Etat intitulée : « Gertrude Stein, théâtre et théâtralité ». Au jury Jacques Roubaud, André Bleikasten, Liliane Kerjan.  De Gertrude Stein je traduis Brewsie & Willie (Rivages, 1990), et, sous le titre Faust ou la fête électrique, Doctor Faustus Lights the Lights : « opéra fait pour être chanté« . Ce texte est mis en scène par Richard Foreman au Théâtre de Gennevilliers en octobre 1982. Dans la distribution Maurice Bénichou et Anouk Grinberg, qui joue le Diable.  Le texte est publié dans Théâtre/public.  Il sera ensuite mis en musique et mis en scène par François Ribac, sous forme d’un « opéra de chambre » intitulé Marguerite Ida et Helène Annabel, et chanté par Eva Schwabe (je collaborerai pour lui à un livret d’opéra : Le Regard de Lyncée). Puis par Frédéric Lagarde (20O0) à la Comédie de Reims, sur une musique de Rodolphe Burger.  Plus tard par Alexis Forestier (Paris-Villette, 2003), qui signe la scénographie et la musique. 

Un de mes meilleurs souvenirs professionnels : j’obtiens, après l’avoir réclamé à cor et à cri, de diriger dans la collection « Morales », chez Autrement, sur un thème qui me tient à cœur, un ouvrage collectif qui paraîtra en 1999, « L’Admiration, miettes d’immortalité ». Ma contribution personnelle, outre la Préface : « L’Art de l’éloge », et sous forme de questionnaire : « C’est quoi pour vous, l’admiration ? ». Parmi les collaborateurs, Elisabeth de Fontenay, Françoise Py, Jean Maurel. Nicole Czechowski est la responsable éditoriale.

En 2014, quand je participe à l »Hommage à Antoinette Fouque« , à l’initiative des Editions Des femmes, c’est l’admiration qui sera le fil conducteur de mon intervention, pour dire qu’Antoinette et moi avons su admirer, avons su pratiquer cette vertu. 

J’ai beaucoup aimé aussi collaborer (pour toute la partie américaine) au Dictionnaire encyclopédique du théâtre dirigé par Michel Corbin (Bordas, 1991, plusieurs réimpressions), au dictionnaire Beckett (Honoré Champion, 2011), et à l’ouvrage consacré à Claude Régy par le CNRS en 2012.

Avec Elisabeth de Fontenay, en 2008, nous publions Traduire le parler des bêtes (deux conférences de la Journée de Printemps d’ATLAS) aux Carnets de l’Herne.

Tout récemment (2018) j’ai été responsable, dans la Collection « Folio Théâtre », chez Gallimard, de la présentation de Salomé, la pièce écrite en français par Oscar Wilde.

En 1998, je suis élue Présidente d’ATLAS (« Assises de la traduction littéraire en Arles »). J’occuperai cette fonction jusqu’en 2005. C’est pour moi l’occasion d’inviter des personnalités aussi diverses que Jacques Derrida, Michel Deguy, Hélène Cixous, Barbara Cassin. C’est aussi l’occasion de faire les allocutions d’ouverture, d’animer des ateliers de traduction, et de faire deux conférences : « François-Victor Hugo traducteur de Shakespeare » et « Ezra Pound traducteur ».

Pour un double mandat, de 2000 à 2008, je suis membre du Conseil d’Administration du CNL (Centre national du livre). Je continue aujourd’hui encore, à faire des comptes rendus de lecture pour la Commission « Langues étrangères ».

Dans ma quarantaine de traductions publiées par divers éditeurs, certaines m’ont particulièrement marquée (ou ont été particulièrement bien reçues) :

– William Kennedy, L’herbe de fer, (Belfond, 1986, republiée en 2018)

– Kaye Gibbons, Ellen Foster (Rivages, 1988)

– Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Gallimard (Folio, puis  la Pléiade)

– Les quatre derniers romans de Philip Roth (Gallimard), jusqu’à ce qu’il arrête d’écrire.

Fiction :

– « Pleine et déliée », Sorcières, mai 1978.

– « Avec lui, sans lui, Sorcières, 1982.

– « Sans lui, avec lui », Autrement, n° 204, « Mère et fils », mai 2001.

Huaca en sol mineur, roman pour la jeunesse », (Belin, 2010)

Inédit, un roman : Bientôt l’Amérique.

Mentionnons deux distinctions (ce qui fait toujours plaisir) :

– En mai 2000, Chevalier dans l’Ordre national des Arts et des Lettres.

– 2003, Prix Maurice-Edgar Coindreau, qui m’est décerné pour la traduction de L’Accordeur de piano, de Daniel Mason (Plon 2003).

On peut voir, à la lecture de ce CV, que j’ai eu le privilège de connaître, souvent dans leur jeunesse, souvent même avant qu’elles aient atteint la notoriété, des personnalités remarquables, qui m’ont construite depuis ma propre jeunesse. Elles m’ont permis d’être « témoin de mon temps ». Je les ai admirées, je leur voue une totale reconnaissance.


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