Pour rendre hommage à notre amie Michèle Causse, j’ai choisi de jouer le jeu un peu enfantin du portrait. (Si c’était, si c’était…). N’espérant pas donner la vérité de sa personne ou même de son personnage, mais proposer un regard où, peut-être, elle aimerait se découvrir ou se reconnaître.
Si Michèle était un instrument de musique, elle serait un hautbois. Déjà pour son nom, à la fois altier et rustique : haut-bois.
Aussi pour la beauté de l’instrument lui-même : construit dans des bois durs comme le buis, le merisier, ou le bois de rose. Pour ce qu’en a dit Berlioz, qui voit en lui avant tout « un instrument mélodique, qui a un caractère agreste, plein de tendresse, je dirais même de timidité. »
Si elle était une fleur, je choisirais pour elle la giroflée, telle que Colette la décrit dans Les Vrilles de la vigne : « Cueille pourtant la giroflée brune qui devance la tulipe, elle est colorée, rustaude et vêtue d’un velours solide, comme une terrassière… » Autre raison de choisir la giroflée, c’est qu’elle se chante : « que t’as de belles filles, giroflée girofla, que t’as de belles filles, l’amour m’y contera. »
Si elle était un parfum, ce ne serait pas un parfum de parfumeur, ce serait un parfum naturel, et plutôt un mélange de parfums, comme on les trouve sans forcément bien les discerner dès qu’on commence à humer les odeurs d’un jardin ou d’une maison. Je choisirai un double moment de parfums, que je trouverai dans quelques vers d’Anna de Noailles. Le premier, près de Palerme : « odeur d’algues, d’oursins, de sel et de corail. »
Le deuxième, qui évoque la campagne, et une calme maison de campagne :
« Acre ferment du sol qui fume après l’ondée ;
Enivrante fraîcheur qui coule des lessives,
Vapeur du thé qui chante en montant aux solives. »
Si Michèle était une couleur, entre orangé, couleur de son signe astrologique, le lion, ou encore pourpre, « riche et sombre », je préfère choisir (ou plutôt ne pas choisir) en disant : arc-en-ciel. Ou encore en évoquant la robe de Peau-d’âne : couleur du temps, couleur de lune. Mais je suis tentée aussi, pour l’évoquer, de choisir le jaune tel que le privilégie Van Gogh : « Un soleil, une lumière, que faute de mieux (dit-il) je ne puis appeler que jaune, jaune soufre pâle, citron pâle or. Que c’est beau le jaune ! »
Si Michèle était un arbre, deux noms me viennent : le hêtre, fagus sylvatica, à cause de son nom altier, là encore, de son écorce gris clair et de sa belle allure dans les futaies, ou le bouleau, car on peut écrire sur l’écorce du bouleau comme sur une feuille de papier, c’est l’arbre de l’écrivain, par excellence. Dans l’astrologie celtique, le bouleau c’est l’inspiration.
Si Michèle était un fruit, sans hésitation, la reine-claude : autre nom altier, fruit nommé en l’honneur de Claude de France. Lisons une description : « une prune au goût de miel, à la chair juteuse, sucrée et parfumée, délicieuse à croquer, à la peau fine. Le noyau est libre ». Voilà bien notre Michèle. Ecoutons toujours Colette : « les reines-claudes, vertes hier sous leur poudre d’argent, ont toutes, ce soir, une joue d’ambre ».
Si Michèle était un personnage de fiction, ne cherchons pas trop loin : Bartleby.
« I would prefer not to ». Le choix du refus courtois, élégant, irréductible.
Si Michèle était un mot de la langue française, pas d’hésitation : « panache » ! Mot emprunté à l’italien, (« pennachio ») pour désigner d’abord, au 16e siècle, « le bouquet de plumes ornant un casque », avant de s’employer pour « la fière allure du guerrier ». Si, enfin, elle était un tableau. Là il y a trop de choix possibles. J’en risquerai pourtant un : Le Cavalier polonais de Rembrandt (le 17e siècle cette fois). Pourquoi : d’abord parce que c’est un tableau mythique, sublime. Et puis parce que cette figure lumineuse d’un cavalier sur fond de ciel crépusculaire qui nous regarde en face, sur son cheval blanc de profil, peut être un magnifique salut d’adieu de notre amie : je m’en vais, mais je suis encore avec vous. Être là, ne plus être là, être là pour partir mais chaque fois qu’on le regarde, ce cavalier, être toujours là pour nous. J’aimerais penser que ce petit moment d’éternité, Michèle nous l’offre, et que nous le lui offrons.

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