4 livres

Quatre livres seulement, quelle injustice pour tous les autres qui, en vingt ans, ont transformé notre horizon de lecture.

De Marguerite Duras, dont l’écriture a rayonné sur ces vingt années, je choisirai Détruire, dit-elle : parce que « c’est la musique sur le nom de Stein », parce que le dialogue capte une sorte de folie douce, parce que le théâtre sort de ses conventions pour entrer dans la narration, la réminiscence, le non-dit, le tremblé des émotions, la fulgurance de l’image.

De Peter Handke qui a lui aussi changé notre regard, je choisirai Lent retour : pour son pouvoir de fascination porté, dans la traduction française de G.A. Goldschmidt, par une langue lente et lourde, oppressante, avec une qualité d’étrangeté et de justesse, toujours, qui nous atteint au plus profond. C’est une expérience de lecture qui nous hante longtemps et qui nous fait penser : voilà comme on voudrait écrire.

De Roland Barthes, le maître auquel il faut impérativement rendre hommage, je choisirai La Chambre claire : pour sa clarté exemplaire, limpide et nette comme son objet, la photographie ; pour sa modestie, pour sa réflexion stimulante à l’infini sur ce que c’est que « l’image vraie ».

Et, comme autre texte magnifique sur l’image, je choisirai Le Déluge, la peste : Paolo Uccello, un livre de Jean-Louis Schefer paru en 1976. Peste, théâtre ; comment peindre, comment parler de ce qui est peint, comment déchiffrer une fresque à demi effacée. Texte qui trouve ses mots dans une langue aussi belle que celle d’Artaud.

Si l’on me permet un cinquième livre, je voudrais ne pas oublier La Vie, mode d’emploi, de Georges Perec. De ce « mode d’emploi » il y a tout à apprendre sur les milles ruses, les mille feintes par lesquelles l’écriture s’applique, maniaquement, patiemment, à représenter, bout par bout s’il le faut, et il le faut, le réel. Merci à Georges Perec d’avoir vécu assez pour que ce livre existe.


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