Jim, n° 8, « L’Etranger », avril 2005.
pour Zabeth
En 1941, j’ai sept ans. J’habite Paris et nous passons nos vacances, Pâques et l’été, comme nous le ferons jusqu’en 45, à Saint-Germain-en-Laye, où travaille mon père. L’étranger, dans mes premiers souvenirs, c’est l’occupant, c’est l’Allemand en uniforme vert-de-gris. Ce sont les bruits de bottes, les patrouilles qui passent sous les fenêtres de notre maison, au 2 rue de Fourqueux, en face de la grande maison du peintre Maurice Denis. Maurice Denis est encore vivant, il ne mourra qu’en 43, nous le rencontrons parfois, et ma sœur et moi fréquentons ses trois petites-filles, qui ont notre âge, dans leur grand parc. Leur père leur a fabriqué une immense balançoire à bascule, nous grimpons aussi aux arbres et nous pataugeons dans des bassins de potager minuscules et gluants. Il pousse dans le parc du maïs, que nous apprenons, dans une grande cuisine, à éplucher, on nous laisse jouer avec les barbes.
Ces soldats qui passent quotidiennement, bruyamment, militairement mais pacifiquement, en somme, devant nos fenêtres, nous les appelons, par dérision, « nos anges gardiens ». La rue est en pente, la fenêtre grillagée de la salle-à-manger est au sous-sol, au ras de la rue par rapport au jardin qui est en surplomb. Les soldats en uniforme (je dirais casqués, mais est-ce vraisemblable ?) passent à heure fixe, sans un regard de côté, nous les guettons et derrière nos grilles, nous imaginons qu’ils ne peuvent de toute façon pas nous voir. Nous ne savons pas grand-chose, rien du tout, disons-le, de leur rôle, de leurs pensées d’occupants : pourquoi les a-t-on envoyés Ià, ont-ils trouvé des petites amies, ont-ils hâte de rentrer chez eux ? Sont-ils « revanchards », heureux d’être en terrain conquis — heureux surtout de ne pas être à l’est ? Vont-ils à Paris pendant leurs « perms », se mettent-ils alors en civil ? Ont-ils envie d’apprendre le français ? Rien de tout cela ne nous effleure, et les parents n’ont pas non plus de ces pensées, cela n’entre jamais dans leurs conversations. Pour nous ce sont des images détestables, mais seulement des images : des uniformes en marche qui disent et redisent « occupation ». Comme dans les albums de l’Alsacien Hansi qui traînent à la maison et qui ont forgé ce que nous pensons des Allemands.
Nous voyons aussi, le reste de l’année, à Paris, ceux qui défilent place de l’Ecole Militaire en chantant Lili Marleen (que j’ai toujours écrit dans ma tête « Lili Marlène »). J’invente ? Non, c’est un souvenir. C’est à huit ans, place de l’Ecole Militaire, au coin de l’avenue de la Motte-Piquet, en face de la grande papeterie, en revenant de classe, que j’ai connu l’air de la chanson Lili Marlène, et c’est un demi-siècle plus tard seulement que j’ai vu le film de Fassbinder et connu (rencontré même, par chance, un peu plus tard encore), Hanna Schygulla, cette merveille de femme. Occupaient-ils l’immense caserne de l’Ecole-militaire ? Sans doute. Je n’ai jamais pensé à vérifier. Quand on ne les voyait plus, ils sortaient de nos pensées, le lycée reprenait le dessus. Nous avions plus de mal à évacuer de notre esprit le son de leurs voix. Les quelques mots d’allemand que nous entendions étaient rauques, aboyés, offensants. Nous les imitions en nous en moquant. Raus, verboten, Achtung, schnell. J’ai longtemps cultivé l’horreur de cette langue. Et je ne sais plus aujourd’hui à qui s’adressait, au début de la guerre, le slogan : « Taisez-vous, méfiez-vous, des oreilles ennemies vous écoutent. » C’était qui, les oreilles-z-ennemies ?
C’est dans les années cinquante (dix ans plus tard, en somme, pas davantage) que je verrai le film Le Silence de la mer et que je lirai le récit de Vercors. Dans ma famille, on n‘aimait pas beaucoup Vercors, parce qu’il avait dans ce livre accusé Paul Doumer d’avoir assis sa carrière politique sur la mort de cinq de ses fils pendant la Grande guerre : sacrifiés-pour-la-patrie, et, disait Vercors, pour la gloire du père. Paul Doumer : l’ancêtre révéré, mort assassiné un an avant ma naissance. Pouvait-on, en un sens, me dis-je aujourd’hui, lui souhaiter plus belle mort, avant les turbulences qui auraient mis en difficulté, ou sur la touche, ce vieux monsieur rigide, auréolé pour nous de sa légende, né au milieu du siècle précédent ?
Nous aussi, on se le jouait, le silence de la mer. On nous avait appris, nous les enfants, à nous taire et à détourner le regard en signe de mépris quand nous « les » croisons. Nous voyions bien, du coin de l’œil, qu’« ils » cherchaient parfois à nous faire risette. Oh mais nous : trotte-menu, gris-souris face au vert-de-gris, le regard buté, méchant-méchant. Et je tirais ma petite sœur par la main : Viens Zabeth.
Nous aussi, on avait nos récits familiaux, face à l’occupant : Ma tante Germaine avait tué un Allemand avec sa carabine, à la Charité-sur-Loire, et elle l’avait enterré dans son jardin. C’était une excentrique, cette tante Germaine. Fille de l’ancêtre révéré, elle apprivoisait les renards, il y en avait un qui vivait sous les pilotis de sa maison et venait manger dans sa main (je l’ai vu, je l’ai vu). Ma tante Douce, en Bourgogne, en avait repoussé un (un officier allemand, pas un renard) qui, avec de très mauvaises intentions, voulait entrer dans sa maison (par ailleurs réquisitionnée) en sa compagnie. Elle l’avait jeté au bas du perron, et il n’avait pas osé se plaindre… Comme on dit, il n’avait pas demandé son reste… C’était notre tante chérie, et qu’elle soit héroïque et pas seulement tendre et charmante, cela ne nous étonnait pas du tout. C’était une artiste, elle venait de se séparer de son mari, à Paris, elle travaillait dans une galerie, « La Colombe », elle suivait des cours à la Grande Chaumière et elle dessinait des nus et des chouettes. Le bonheur, c’était qu’on nous confie à elle, trop rarement à notre goût, pour cause de naissance à la maison de tel ou tel bébé (qu’ensuite on nous confierait, trop souvent à notre goût, à nous les deux aînées). Elle habitait rue du Colonel-Combes, on pouvait y aller à pied de l’avenue Bosquet. Elle recevait le soir des peintres et des musiciens, qui jouaient du piano jusqu’à pas d’heure et fredonnaient, pour nous et pour les autres invités, une opérette qu’ils avaient composée, Plume au Vent. De retour à la maison, Zabeth et moi chantions à tue-tête : « Je n’étais pas fait pour la pharmacie, pour la pharmacie et tous ses soucis. Je n’étais pas fait pour rester ainsi, assis, ici. J’ai l’air d’un croûton de vieux pain rassis… Pour la pharma-pour la pharma-pour la pharmacie » (« cie » perché tout là-haut, puis la chute) : « Pour la pharmacie non je n’étais-pas-fait ! ». On bien : « Les p’tits chapeaux d’un sou, ma bonne madame ma-chère…il n‘y a que chez nous que l’on sait bien les faire. ». Ou encore, dans le style lyrique : « C’était un oiseau de passage, je n’ai pas su le retenir… Adieu mon amour et bon voyage », ou notre air préféré « Katouchka jeune bergère, un matin du mois de mai, se sentit la tête légère, en voyant que tout s’aimait… Rencontra près de la fontaine un berger tendre et beau… » (rimait avec troupeaux) … « Ce berger lui dit je vous aime et sans s’attarder en poèmes il devint son amant ». À la fin de la chanson, même bergère, autre berger : « Ce berger n’était plus le même, mais le temps d’aimer est si court, qu’importe celui qui vous aime, pourvu qu’on-ait-l’a-mour. » Soixante ans plus tard, sans jamais les avoir vus sur scène ni réentendus (sauf une fois, ô surprise, ô émotion, à la radio dans ma voiture, en rentrant d’Angleterre) nous les connaissons encore par cœur, ces airs et ces paroles, nous les utilisons comme des mots de passe : Tu te rappelles… Deux petites filles éblouies d’avoir connu, presque clandestinement, un monde de grandes personnes si différent du leur, et, quelle merveille, hors de la cellule familiale, « Il-devint son-a-mant », mi ré (dièse) mi, la sol (dièse) la, cela nous faisait rêver.
Les bombardements, dans mon souvenir, cela se confond, d’une année sur l’autre. Qui devait-on craindre ? Ce n’était pas clair. On disait, un peu avant le Débarquement et la Libération, « les bombardements alliés ». Cet oxymore (je n’ai connu cette figure de style que bien plus tard), cela ne choquait personne, cela semblait aller de soi. Les parents avaient sûrement peur, mais ils ne nous le montraient pas. Grâce à quoi nous étions inconscientes, ou même excitées de frôler un danger qui mettait de l’épopée dans le quotidien. Quand cela avait-t-il commencé ? Je ne saurais pas le dire. A Paris, avant, il y avait eu les alertes et les abris dans le parc du lycée où on se rendait en bon ordre. On jouait à la roulette russe avec les leçons non apprises et les compositions non révisées : peut-être qu’il y aura une alerte… Et dans le même esprit : providentielles, les pannes d’électricité, réelles ou inventées : allez donc vérifier. C’est pour cela que j’ai tant aimé le film Hope and Glory, de John Boorman. Comme Bill, le jeune héros de sept ans, j’avais collectionné les éclats d’obus, que je ramassais au fond du jardin, à Saint-Germain. Je les ai longtemps gardés dans une petite boîte ronde en métal, c’est tout récemment seulement que j’en ai fait cadeau à mon filleul. Et je comprenais la joie illuminée des enfants qui, devant rentrer en classe à la fin de l’été, voient leur école réduite à un amas de décombres ! Un fantasme devenu réalité ! Dans un épisode du film, la famille part passer une journée à la plage. Au retour, maison dévastée par un incendie. Aussitôt, on accuse la guerre. Mais renseignements pris : eh bien non, les pompiers expliquent : même au milieu d’une guerre, cela existe, les incendies accidentels. Dans la guerre, ce qu’il y a de bien, d’un point de vue d’enfant, c’est que tout a un sens. Tout est voulu, donc contrôlé. Sauf que ce n’est pas forcément par nous.
Saint-Germain-en-Laye n’était pas loin de la gare de triage d’Achères et de l’aérodrome militaire de Villacoublay (occupé par les avions allemands), donc nous étions aux premières loges, l’été 44, pour les bombardements alliés. Et j’ai le souvenir d’avoir vu des avions tomber en flammes en plein ciel et d’avoir guetté, de la pelouse, les parachutistes qu’on voyait descendre, en douceur, en rêvant qu’ils dérivent jusqu’à notre jardin. Ma mère m’a raconté (mais je n’en ai aucun souvenir) qu’étant parties à bicyclette pour des courses de « ravitaillement », nous avons dû nous jeter elle et moi dans le fossé en attendant que « ça passe ». Pourquoi n’ai-je jamais les mêmes souvenirs que ma mère ? Cela aurait dû me frapper pourtant, se jeter dans le fossé ? Avec sa mère ! J’ai seulement le souvenir qu’elle portait, ces années-là, pour faire de la bicyclette ou monter à califourchon sur le siège arrière de la petite moto de mon père (quelle joie quand c’était moi la passagère) une jupe-culotte à carreaux dans les beige et marron, et elle prétend que c’était une jupe écossaise plissée tout à fait normale. Je suis sûre que c’est moi qui ai raison. Mais elle aussi, nous n’en démordons pas.
La toute-puissance de l’occupant, elle était ancrée dans nos esprits. Je comprenais et je ne comprenais pas ce qui se passait. Au moment de la Libération, je me rappelle avoir exprimé une crainte : c’était qu’un Allemand reste embusqué quelque part et hop, il surgit et il nous arrête tous. Une petite fille intelligente de dix ans, on a peine croire à une crédulité aussi stupide de sa part. Aussi, un souvenir de honte, qui me serre encore le cœur quand j’y pense. À la maison non, mais en classe, on nous avait parlé, c’était les instructions officielles et obligatoires, du maréchal Pétain, héros de la Grande guerre. « Maréchal », ça sonnait bien, martial, on n’allait pas chercher plus loin. Et puis ce qu’on nous disait en classe, c’était parole d’évangile. Un jour, notre femme de ménage, qui avait un mari communiste, m’avait dit en me lavant les pieds (l’un après l’autre, à l’eau froide, dans le lavabo du cabinet de toilette) que mon fameux maréchal Pétain n’était qu’un salaud de collaborateur. Indignée, j’avais cherché une réplique cinglante et j’avais lancé, peut-on imaginer cruauté plus imbécile : « Si vous dites ça, c’est que vous êtes une Boche ! » Madame Pinard avait fondu en larmes, et moi, d’avoir fait pleurer une grande personne, j’avais été un peu ébranlée, tout de même, par l’effet inattendu de mon élan patriotique. Je ne crois pas en avoir parlé aux parents, je n’étais pas trop fière de moi. Je ne saurais pas dire quand j’ai compris ma sinistre méprise. Et je l’ai rarement confessée.
En été 46, on nous a envoyées, ma sœur et moi, rejoindre nos grands-parents à Baden-Baden : c’était la zone d’occupation française. « Granny » (on prononçait Granay) avait rejoint « Père », son mari, nommé à quelque haute fonction administrative. Père était le beau-père de ma mère : de cette génération d’hommes qui avaient épousé en secondes noces les veuves de guerre, faciles à convaincre, avec leurs jeunes enfants à élever. Dans ma génération à moi, ce sont les seuls grands-pères que nous ayons connus. Ma mère avait eu sept ans en 1919, son père était l’un des « cinq fils » : abattu en 17 dans son avion de chasse. Parmi les petites filles de son enfance, avoir son père à la maison, c’était exceptionnel, et c’était le déshonneur, on s’en cachait soigneusement. En 1945, une guerre plus tard, on avait donc gratifié Père, ce fonctionnaire civil vieillissant, du grade de général : sans doute parce qu’il était, dans sa province, trésorier-payeur-général. Général, s’était-on dit, voilà qui fera l’affaire. Que faisait-il ? C’est aujourd’hui seulement que je me pose la question. Il avait un bureau, il y allait travailler, n’en parlait jamais, on ne le voyait guère.
« Occupation » prenait un tout autre sens, je ne faisais même pas le rapprochement, je n’y voyais aucune symétrie. D’ailleurs on ne disait pas le mot. On disait Baden-Baden, à la française : Badenne-Badenne. Ou tout simplement Badenne. Nous occupions (encore ce mot) un bel appartement avec balcon, très probablement réquisitionné, si j’y songe, mais qui y songeait… Le matin, je prenais des leçons d’allemand et de piano avec une vieille demoiselle notre voisine. C’est elle qui m’a fait découvrir les Moments musicaux et les Impromptus de Schubert. Je n’ai jamais pensé au fait qu’elle devait nous détester, à son tour, ni qu’elle devait à moitié mourir de faim, alors que nous nous gavions avec gloutonnerie, de gruyère « à trous » , luxe tout nouveau pour nous. J’espère qu’on la payait, sans doute guère. Je me souviens de l’odeur de moisi dans son petit appartement, et du fait qu’elle disait « volontairement » pour « volontiers ». Tous les après-midis, je les passais dans une grande piscine en plein air où j’appris courageusement, cet été-là, à plonger du grand plongeoir : trois mètres. Vaincre ma peur fut ma grande résolution de l’été, et ma victoire personnelle. Baden-Baden exhibait d’anciennes splendeurs d’élégante station thermale, il y avait de larges avenues bordées d’arbres, des esplanades, un kiosque à musique dans le parc où l’on allait, en fin de matinée, écouter des valses de Vienne. On accompagnait souvent ma grand-mère dans une sorte de comptoir hors taxe, réservé aux Français, qui se tenait dans les salons du Kurhaus, ou casino, et Granny y collectionnait, à des prix dérisoires, des trophées tout aussi dérisoires : des réveille-matins. C’était une spécialité, en somme, de la Forêt-Noire. Il y avait aussi dans le joli théâtre du Kurhaus des spectacles de ballets où on nous amena un soir. Un jour nous sommes tous allés en famille en excursion (voiture conduite par un chauffeur : français ? allemand ?) au bord du lac de Constance. Je me rappelle avoir mangé, dans un bel hôtel qui donnait sur le lac, des œufs mimosa, je ne connaissais alors ni le nom ni la chose.
Voyait-on des Allemands ? Ils étaient là, forcément, mais les voyait-on ? Je n’en ai aucun souvenir. Leur défaite nous était légère. Berlin, Brême, Hambourg : connais pas. Nous étions une petite colonie de Français, dans une bulle. Nous aurions pu être outre-mer, aussi bien, à Hanoï ou Saint-Domingue. Un bal à la résidence du gouverneur général aurait été dans l’ordre des choses. Tout était d’une telle irréalité, cette soudaine prospérité, ce cadre balnéaire, cette chaleur estivale, quasi coloniale.
Mes souvenirs de cet été-là ne sont guère historiques. Ou, plus probablement : les événements transmis par les grandes personnes, la radio (beaucoup), les rares journaux, se sont inscrits dans une autre case de la mémoire, c’était un fond de tableau qui me demeurait étranger, une toile peinte, un film. Je ne me les suis appropriés que par reconstitution, plus tard, bien plus tard. On raconte que l’Américaine Gertrude Stein, bien que juive, de par sa situation d’expatriée privilégiée, n’était, dans les mêmes années, pas beaucoup plus clairvoyante. Elle mettait tout à plat, la Résistance et la Collaboration, sur le modèle de la guerre de Sécession, et pouvait écrire ses mémoires sous le titre Les Guerres que j’ai vues (Wars I have Seen).
Ainsi, parmi mes souvenirs les plus vifs, une anecdote insignifiante. Je recevais une fois par semaine un journal pour enfants auquel j’étais abonnée (j’imagine que mes parents le faisaient suivre), et je guettais fiévreusement chaque arrivée, car je leur envoyais des histoires drôles glanées ici ou là, souvent dans d’autres petits journaux : pour le plaisir immense de voir mon nom imprimé. Le jour où ce fut le cas, ce fut ma toute première joie (usurpée mais sincère) d’auteur. Chez ma grand-mère, à Baden-Baden, en 1946. Oui, moi qui ai beaucoup aimé, par la suite, et toute ma jeunesse, voyager, c’est en Allemagne, dans l’immédiate après-guerre, j’en prends conscience aujourd’hui seulement, que j’ai fait un séjour « à l’étranger » pour la première fois de ma vie. Petite fille étrangère en occupation dans une zone dite française. À quel point j’ignorais tout du reste du pays et du monde m’effare rétrospectivement.

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