Allocution d’ouverture 2000

Dix-septièmes Assises de la Traduction Littéraire, ATLAS, Actes Sud, 2000.

Monsieur le maire, chers collègues, chers amis, merci d’être avec nous aujourd’hui, merci à tous d’être ici. Nous savons que M. Vauzelle, malgré son absence, est très attaché à nos activités et nous en sommes heureux. Merci à M. Toeschi de nous accueillir une fois encore à Arles dans ce lieu privilégié qu’est la salle d’honneur de l’hôtel de ville.

L’année dernière nous avions eu le plaisir d’avoir avec nous M. François Debost, adjoint délégué à la Culture de la mairie d’Arles. Il est retenu loin de nous par un deuil familial, et nous lui adressons toute notre sympathie. L’année dernière également, nous avions eu le regret de ne pas pouvoir accueillir Efim Etkind, grand spécialiste russe de la poétique de la traduction ; il est mort quelques jours après les Assises, nous rendons aujourd’hui hommage à sa mémoire.

Ce sont nos dix-septièmes Assises. Elles ont cette année, en bonne place, les honneurs de la presse nationale. Imaginez le beau jeune homme, ou la belle jeune fille, que pourrait être un bébé né il y a dix-sept ans ; la fierté de ses parents. Eh bien, bon an mal an, nos Assises d’Arles font notre fierté, et nous leur souhaitons un bel avenir, ne serait-ce que, dans l’immédiat, un bel avenir de trois jours. Trois jours qui vont nous ouvrir, je crois, beaucoup d’horizons.

Dans Harry Potter, lorsque le directeur de l’école des sorciers, Dumbledore, ouvre le grand banquet le jour de la rentrée, il dit, avec une concision exemplaire : « Je ne vais vous dire que deux mots : tuck in. » « Attaquez » : en français, un seul mot, trois syllabes. Je serais tentée d’en faire autant — mais je vais résister un peu à la tentation.

Je peux vous dire que nous sommes très heureux de la présence à Arles de nos invités de cette année, et nous les remercions d’être venus. Tout de suite, nous allons entendre un homme remarquable, Jacques De Decker. Le titre de sa conférence : « Les coulisses de la traduction », ce qui crée un lien subtil avec la thématique du théâtre que nous avions développée l’an dernier. La table ronde qui suivra sera consacrée à un écrivain qui pose bien des problèmes à ses traducteurs : Raymond Queneau. Quelques fidèles parmi vous se souviennent sans doute qu’en 1986, dès les troisièmes Assises, une table ronde animée par Jacques Roubaud avait été consacrée aux Exercices de style de Queneau. Cette fois, sous la responsabilité, en coulisses, de Philippe Bataillon et de Michel Volkovitch, ce sont Les Fleurs bleues qui vont faire cet après-midi l’objet d’une table ronde, animée par Jean-Yves Pouilloux. Queneau lui-même estimait que son livre était « parfaitement traduisible ». Nous verrons si ses traducteurs partagent son optimisme.

La deuxième table ronde, demain samedi, sera consacrée à la Suisse. On a dit à France-Culture hier matin que c’était une idée « originale ». Pourquoi la Suisse ? Sans faire partie de la Communauté européenne, la Suisse est au cœur de l’Europe, et c’est un pays qui a cette particularité d’avoir pour langues nationales le français, l’italien, l’allemand, plus des dialectes dont, à l’extérieur, on ne sait presque rien. J’ai appris par Felix Philip Ingold que, pour la seule ville de Bâle, on distinguait les dialectes de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne, sans compter, à l’intérieur même de la ville, le Petit-Bâle et le Grand-Bâle. HochDeutsch, BaselDytsch : autant de noms qui recouvrent des réalités historiques et linguistiques dont nous sommes très ignorants — à quelques kilomètres seulement de la France, de l’Italie ou de l’Allemagne. Nous remercions la Fondation Pro Helvetia de son soutien. Comme vous aurez vu dans vos dossiers, nous avons la chance d’avoir une cassette de dix minutes d’entretien avec Gilbert Musy, grand traducteur et défenseur de la traduction en Suisse, malheureusement disparu, dont Marion Graf vous parlera.

Avant cela, nous entendrons la conférence du samedi après-midi, devenue traditionnelle depuis que Sylvère Monod nous a parlé d’Amédée Pichot, « grand Arlésien traducteur ». Elle sera consacrée cette année à « Borges et la traduction ». Parmi les grands écrivains « travaillés » par la traduction et le passage d’une langue à l’autre, après Nabokov (rappelez-vous la belle conférence d’Hélène Henry), Borges s’imposait. Et qui s’imposait pour parier de Borges ? Exactement : Aline Schulman. Elle a accepté, et nous nous réjouissons de l’entendre.

Dimanche matin, beau titre pour la table ronde ATLF : « Du crayon à la toile ». Les mêmes fidèles se souviennent peut-être qu’en 1986 également, ATLAS et l’ATLF faisaient figure de pionniers, mais de pionniers assez craintifs, un peu M. Perrichon dans la vallée Blanche, pour évoquer « l’informatique : un nouvel outil pour les traducteurs ». Il ne s’agissait encore que de traitement de texte, dont l’un des plus hardis, Jean-René Ladmiral, disait que pour ce qu’on pouvait appeler l’« écriture traduisante », il cumulait les avantages du stylo et de la machine à écrire, prise dans un sens littéral : après le « manuscrit » et le « tapuscrit » on passait au « compuscrit » qui « fonctionnait un peu comme une sorte de stylo immatériel, mental », et qui permettait de « revenir aux ressources de souplesse et de créativité propres à l’expérience d’un travail proprement artisanal de l’écriture ». Le grand problème qui agitait nos associations et nos militants à l’époque, comme les canuts de Lyon au moment de l’invention du métier Jacquard, ce fut : doit-on remettre ou non les disquettes aux éditeurs ? Que de chemin parcouru depuis ces temps héroïques. Evelyne Châtelain, experte en nouvelles technologies, a accepté d’animer un atelier consacré à Internet, avec travaux dirigés. Devant le succès rencontré par cette initiative, elle a proposé de redoubler cet atelier à Paris en décembre pour les Parisiens. Les « non-Parisiens », dans un souci de « non-discrimination », ont donc la priorité, ici à Arles, pour cet atelier, qui ne peut forcément accueillir qu’un nombre limité de participants.

Pour vous faire entrer un instant dans les coulisses des Assises, et dans les coulisses d’ATLAS, je voudrais rappeler que nos Assises, qui dès le début ont été internationales sur le plan culturel, sur le plan de l’organisation et des moyens de cette organisation, sont devenues beaucoup plus directement liées à l’Europe, et en particulier à la Commission européenne.

Ce développement de nos moyens, que nous appelions de nos vœux, a un prix : l’alourdissement des tâches de gestion et d’administration pour les responsables que nous sommes, bénévoles ou salariés. Mais nous n’allons pas nous plaindre, nous aurions pu dire non, nous avons dit oui, craintifs et téméraires dans la vallée Blanche. C’est ici l’occasion pour moi de remercier les quatre co-organisateurs qui ont bien voulu seconder nos efforts et à qui nous devons, entre autres, de pouvoir nous dire aujourd’hui « Européens » au plein sens du terme. Permettez-moi de les énumérer : il y a le Centre européen de traduction littéraire, de Belgique, dirigé par Françoise Wuilmart ; la Maison du traducteur de Tarazona dirigée par Maite Solana ; The Irish Translators Association de Dublin, dirigée par Giuliana Zeuli, et l’Association du Premio Gaziane Cavour, dont le président est Giuliano Soria. Vous trouverez leurs coordonnées dans vos dossiers, et vous pourrez rencontrer les responsables à la table ronde de samedi matin. Le réseau européen a maintenant un sigle officiel, RECIT, donc il existe.

Sur le thème — inépuisable — de « la roue tourne », comme les membres actifs, nombreux ici, de l’ATLF le savent déjà, Jacqueline Lahana, au bout de dix ans de vaillants services, a passé le flambeau de la présidence de l’ATLF à François Mathieu, que nous accueillons avec plaisir dans ses nouvelles fonctions. Tout le monde connaît le dynamisme de Jacqueline Lahana, sa présence chaleureuse, sa compétence mise au service de notre profession. Nous n’allons pas dire que nous la regrettons, car nous savons bien que nous pourrons continuer à compter sur elle.

Même Albus Dumbledore — mais lui, en fin de banquet — a quelques annonces à faire. Je commencerai par Oxford en septembre prochain. ATLAS est partie prenante d’une manifestation organisée par le Centre de traduction d’Oxford, dirigé par Edith McMorran, « Traduire le rire ». Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez interroger à ce sujet Jean-Michel Déprats, qui est à l’origine du projet, Aline Schulman et moi-même.

Enfin quelques mots sur la Journée de Printemps qui se déroule fin mai à Paris. Nous devons très rapidement fixer le thème de la prochaine, et je sollicite votre concours, vos idées. Je vous rappelle qu’en 1999 nous avions retenu « Traduire le conte », et en 2000 « Traduire la ville ». Parmi ceux d’entre vous qui ont répondu au questionnaire proposé par Philippe Bataillon, certains ont proposé « Le voyage ». Ce serait dans le prolongement direct de la ville — un peu trop peut-être ?

Je tiens à remercier toutes les institutions ou les instances qui nous soutiennent, en particulier la direction du Livre et de la Lecture — représentée ici par Geneviève Charpentier qui suit de près nos activités et qui est toujours de bon conseil, le CNL, le ministère des Affaires étrangères. Et puis le conseil régional PACA (dont M. Vauzelle est président), le conseil général des Bouches-du-Rhône (merci à M. Vulpian d’être ici aujourd’hui), la DRAC (je salue Jean-Jacques Gauthier), et bien sûr la ville d’Arles.

Je manquerais à tous mes devoirs si je ne remerciais pas ceux qui, dans les coulisses ou sur le devant de la scène, quotidiennement, « assurent ». A Arles, Claude Bleton, assisté de Christine Janssens et de Caroline Roussel. A Paris, Claude Brunet-Moret.


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