Femmes entre elles

Histoires d’elles, n° 15, septembre 1979

Du 21 au 24 juin dernier s’est tenu près de Paris un colloque féministe réunissant une quarantaine de participantes, en grande majorité historiennes, anthropologues, sociologues, sur le thème : « La nouvelle famille et la nouvelle femme de 1914 à 1945 : culture, politique, créativité ».

Les participantes, parmi lesquelles des Américaines, des Françaises, quelques Allemandes, quelques Italiennes, une ou deux Anglaises, une ou deux Hollandaises, apportaient leur compétence, et le résultat de leurs recherches, sur des thèmes aussi variés que « Sexisme, racisme et résistance sous le Troisième Reich », « Les femmes contre la guerre et contre la répression en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis », « Le parti communiste anglais entre les deux guerres et les femmes ».

Dans une confrontation de ce genre, la difficulté consiste à trouver un équilibre entre le débat entre spécialistes, précis, documenté, approfondi, détaillé, limité, et une problématique plus générale qui permette à toutes d’apprendre quelque chose et de participer en faisant apparaître des mises en perspective, des convergences, des contradictions. Oui, l’oppression est massive, mais multiples sont les formes de résistance et multiples aussi, variées à l’infini, les contre-offensives des pouvoirs en place, eux-mêmes divisés quant à leurs objectifs économiques et politiques, à court terme et à moyen terne. Et puis Il faut aussi, tout simplement, se mettre d’accord sur les termes. Celui, central, de female culture, « culture féminine », se prête, on l’a bien vu, à une multiplicité de définitions.

Deux grandes tendances, chez les féministes de ce colloque : l’une consiste à mettre l’accent sur l’épanouissement personnel et les obstacles mis à cet épanouissement ou les solutions trouvées, telles que les réseaux féminins au sein d’une société patriarcale (tendance américaine), L’autre (tendance européenne) consiste à analyser les phénomènes en termes plus politiques, en termes de classe, tout en voyant bien que…

Mais tout n’est pas si net et, du côté américain, une grande sévérité vis-à-vis d’une certaine tour d’ivoire féministe s’est déployée en provenance des spécialistes des mouvements syndicaux ayant étudié dans le détail la participation à la force de travail des vagues successives d’immigrantes.

Car le travail des femmes, rémunéré ou non rémunéré, a tenu une grande place parmi les sujets abordés. Sont apparues, au cours des présentations et des discussions, les diverses formes de contrôle social exercées (parfois par d’autres femmes, représentantes de la « respectabilité ») par diverses instances locales sous couleur d’apprendre aux femmes, en particulier aux nouvelles venues, à tenir une maison. Sont apparues aussi les différentes attitudes, suivant les époques et les lieux, des syndicats et des employeurs, des pères et des maris, quant à l’emploi des femmes : obstacles idéologiques et économiques, en contradiction avec le besoin d’une main d’œuvre docile et bon marché, notion du family wage, ou « salaire familial », attribué à l’homme qui est censé, en tant qu’homme, entretenir une famille.

Parmi les autres sujets : politique des partis de droite et de gauche vis-à-vis des femmes, de leur place dans la famille et dans la société. La nouvelle sexualité : évolution de ce qui est considéré comme norme et comme déviance, contrôle de la reproduction, nécessité ou non de limiter les familles et de développer la contraception, politique de protection de la maternité, avec ses buts avoués et ses buts inavoués et ses conséquences contradictoires pour les femmes.

Et puis, de façon un peu marginale, a été analysé le rôle des femmes artistes ou des femmes écrivains, leur participation à « l’avant-garde », à des formes innovatrices d’écriture, leur audace pour aborder des sujets tabous, ainsi que les limites de ce rôle : résistance des tabous, origine bourgeoise de la plupart de ces femmes et influence sur elles de l’idéologie dominante. Délimitation malgré tout de nouveaux espaces, percées, ouvertures.


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