John Arden

Encyclopedia Universalis, 1979

John Arden est sans doute le plus brechtien des auteurs dramatiques du « nouveau théâtre anglais » des années cinquante et soixante. Comme Brecht il croit au détour par la fable, ou par l’histoire, pour rendre compte du monde contemporain ; pour lui, comme pour Brecht, le théâtre est une activité collective à laquelle doivent participer créateurs et techniciens, et qui s’adresse à un public spécifique dont il doit refléter, directement ou indirectement, les préoccupations.

Sa formation d’architecte le pousse à s’intéresser aux aspects techniques du théâtre (expérimentations sur l’espace et complexité de ses dispositifs scéniques), ses convictions politiques le poussent à poser en termes théâtraux des conflits de groupes plutôt que des conflits individuels, des problèmes qui touchent à la vie des citoyens dans la cité. Comme Wesker et comme Bond, c’est un poulain du Royal Court qui monte, dès 1957 Les Eaux de Babylone (The Waters of Babylon) : cette comédie aux multiples rebondissements montrait dans le Londres de 1956 une nouvelle Babylone de la corruption et de l’exil où se côtoyaient prostituées, politiciens, exploitants immobiliers, immigrés exploités, souteneurs ; il n’était pas facile d’y trouver un message clair, ni de savoir qui le public devait juger et condamner. La pièce suivante fut, en 1958, Vous vivrez comme des porcs (Live Like Pigs) : quelle solution trouver au problème des marginaux qui n’arrivent pas à s’intégrer dans la forme aseptisée de société que leur propose, ou voudrait leur imposer, le Welfare State ? La pièce posait la question sans donner de réponse. Ni réquisitoires, ni plaidoyers, toutes les premières pièces d’Arden refusent de diviser le monde entre bons et méchants, de juger de haut les conduites humaines. Et, de même qu’il refuse tout dogmatisme, Arden se montre éclectique dans le choix de ses moyens. Il emprunte à toutes les traditions : la moralité médiévale, le drame élisabéthain, le music-hall moderne, les ballades populaires, et mêmes les masques dans L’Asile du Bonheur (The Happy Haven).

La Danse du Sergent Musgrave (Serjeant Musgrave’s Dance) écrite en 1959 et mise en scène au Royal Court par Lindsay Anderson, est sans doute la plus connue d’Arden. Par le biais d’une « parabole non-historique » montrant le retour au pays de quatre soldats ayant déserté une guerre coloniale, elle montrait les paradoxes et les contradictions de qui veut lutter — car, par quelles armes le faire ? — contre l’engrenage de la violence. Selon les termes de Peter Brook, qui en fit à Paris en 1963 une mise en scène éclatante, la danse finale, sur la place publique, en présence du squelette en uniforme macabrement brandi, montrait comment « le besoin violent d’imposer une signification peut soudain faire surgir une forme incontrôlable, imprévisible ».

Assez vite Arden se retire à la campagne et, en alternance avec des pièces « professionnelles », il choisit de monter, avec sa femme l’actrice irlandaise Margaretta D’Arcy, des pièces « de circonstance » produites et jouées dans une communauté donnée : ainsi, une nativité dans une église du Somerset, The Business of Good Government.

Dans les années 70, après un voyage en Inde où il se retrouve brièvement en prison, et par une sensibilisation de plus en plus grande aux problèmes de l’Irlande, où il va vivre avec sa femme, l’engagement politique d’Arden se radicalise. Contrairement à toute sa pratique précédente, The Ballygombeen Bequest, qu’il présente au Festival d’Edimbourg en 1972, est une pièce qui, renouant avec la tradition de l’agit-prop, ne fait pas de quartiers et présente les grands propriétaires terriens en Irlande comme des marionnettes grotesques. Un peu plus tard, des incidents marquent la sortie de The Island of the Mighty, pièce écrite à partir de la légende d’Arthur, mais dont le propos est ouvertement anti-impérialiste. Arden n’est plus suivi par la critique ni même par ses metteurs en scène, et fait figure d’excentrique.


Comments

Laissez-nous un commentaire